Sondage Opinion Way : Les français, le développement durable et le capitalisme
Commentaires sur le sondage Opinion Way
Pour les français, le développement durable améliore le capitalisme plus qu’il ne le remet en cause, mais les acteurs économiques leur semblent encore loin de jouer le jeu…
Sondage Opinion Way réalisé sur un échantillon de français début décembre 2009, à l’occasion de la sortie du livre de Patrick d’Humières, « le développement durable va-t’il tuer le capitalisme ? ».
N’hésitez pas à passer en mode « plein écran » pour visualiser les résultats du sondage ci-dessous :
1) Les principaux résultats du sondage OW :
> Les français sont partagés sur le fait que la crise est en train de changer le système économique et, majoritairement (48%), ils ne sont plutôt pas encore convaincus que le changement soit en cours (52%)
> Un bon nombre (41%), considère que les entreprises vont dans le sens du développement durable, alors qu’ils sont 80% à penser le contraire s’agissant des marchés financiers.
> Pour autant, ils jugent largement le développement durable comme un progrès et non comme un danger pour le système. Ils sont près de deux tiers à avoir confiance dans la capacité du capitalisme à s’améliorer, ce qui peut être considéré comme une vraie demande de « croissance durable ».
2) le commentaire de Patrick d’Humières, auteur du livre « le développement durable va-t’il tuer le capitalisme ? » (Editions Maxima, mis en librairie le 15 janvier 2010) :
L’écart est frappant entre des acteurs économiques, jugés hésitant en matière de développement durable, et une opinion très consciente des progrès à faire, pourvu que le système continue de croître !
Interrogés au moment du Sommet de Copenhague, les français se déclarent très largement convaincus (68%) que le développement durable constitue un progrès pour le développement économique, ce qui signifie a contrario qu’il ne constitue pas, à leurs yeux, un danger ou une rupture vis-à-vis d’un système qui nourrit largement la prospérité des uns et les aspirations des autres. Une telle réponse traduit de l’optimisme, de la confiance dans l’économie de marché – un déni des problématiques planétaires diront les esprits militants – et l’envie de voir le système perdurer en s’amendant. Cette reconnaissance d’une croissance qui peut être « durable », de la part d’une population très exigeante quant à l’applicabilité des changements à faire, en termes de justice et de perspectives, résonne comme une espérance dans un contexte animé par de très fortes tensions. Ce que corrobore le sentiment très partagé sur l’impact de la crise puisque 48% des français – quand même- pensent qu’elle va changer le système.
Mais le scepticisme reprend vite le dessus quand on demande aux français de juger l’attitude des acteurs économiques. Les français sont partagés sur l’intégration du développement durable par les entreprises, encore qu’un taux positif de 48% au bout d’une décennie d’efforts constitue un score très méritoire pour l’industrie. Il n’en est pas du tout de même à l’égard du système financier puisque 80% de nos concitoyens pensent que les marchés financiers ne font rien dans le sens du développement durable.
Pour mieux comprendre, on notera que ce sont les actifs et les électeurs de droite – c’est-à-dire la population la plus sensible aux intérêts économiques a priori – qui ressentent le plus l’implication des acteurs, les autres ne la voyant pas ou ne voulant pas y croire, à ce stade. La crédibilité de l’engagement des acteurs économiques reste un problème, qui n’est pas nouveau mais qui peut être amené à les pénaliser dans le futur proche.
La principale conclusion de cette enquête, cohérente avec d’autres observations comparables, est que le changement, jugé nécessaire et inévitable, viendra plus des gouvernants et de la Société que des acteurs économiques, aux yeux de l’opinion. C’est tout l’enjeu des politiques de développement durable : vont-elles continuer à être subies par « le business » pour l’essentiel, et donc plus imposées que négociées, ou vont-elles être reprises et portées par les acteurs économiques, en réponse aux attentes perçues. Le paradoxe de cette interrogation ne manquera pas de frapper : ce sont les acteurs économiques qui ont le plus intérêt à une transition douce vers la croissance durable qui semblent les moins engagés alors que les opinions sont aujourd’hui convaincues que la croissance doit être plus durable mais qu’il ne faut pas casser le système !
Comme toujours, il faut aller chercher les vérités dans le sens commun de la Société : les opinions perçoivent désormais la nécessité d’infléchir le mode de croissance mais elles ne veulent pas qu’on leur impose des solutions régressives ou perçues comme telles. Les acteurs économiques devraient saisir cette fenêtre de réalisme qui s’est faite jour, pour passer des « accords de progrès ».
