Le point de vue d’un industriel : Denis BRUNEL
1 – Je ne suis pas du tout d’accord avec les termes de « crise du capitalisme », de « refondation du capitalisme » etc… Même notre Président qui a surfé sur cette vague, l’a en fait abandonnée (y croyait-il ? Je pense que non).
a) Il y a eu une crise dans le capitalisme et non une crise du capitalisme
b) Il ne va pas y avoir de refondation mais des régulations.
Des tonnes de littératures ont été produites sur la crise.
- Personne ne propose de système qui puisse concurrencer le capitalisme et la libre entreprise et tous les pays du monde viennent peu ou prou au capitalisme (même Cuba évolue !)
- La crise est venue de 3 facteurs :
a) Le populisme de Clinton qui avec l’aide de Greenspan a mis en place un système (subprime) à la fois démagogique et non contrôlé (de même en France avec la CMU, l’AME etc … systèmes généreux mais sans prévoir au départ les contrôles indispensables : on peut faire vite et démagogique ! les réalités se vengent).
b) L’abondance de liquidités générées en grande partie par le système monétaire international qui permet tous les excès aux USA ;
c) L’absence de régulations et de contraintes sur toute une série de sujets (normes comptables, contrôle des banques, paradis fiscaux etc…)
Je crois que l’on va progresser doucement et lentement sur le point c) même si Obama très lié aux grandes banques avance peu : avoue que cela ne comporte aucune remise en cause du capitalisme. Le point b) n’est pas prêt d’être réglé !
S’ajoutent à cela deux questions spécifiques mais très importantes :
- La Chine : on l’a admise à l’OMC sans aucune des contreparties réelles qu’il aurait fallu exiger : leur monnaie , le respect droit des marques et des brevets, les règles environnementales et sociales (on est dans ton sujet). Sur ce point c’est le capitalisme ultralibéral qui a triomphé (tandem Bruxelles-OMC) : on n’a pas fini de le regretter.
- L’Union Européenne : la création de l’euro ne s’est accompagnée d’aucune véritable instance économique de contrôle, de diagnostic et de régulation. Ceci, tout simplement parce qu’en 1997, la France a été très maladroitement provocatrice vis-à-vis de l’Allemagne. Il ne fallait pas parler de « gouvernance économique » ou de « contrôle de la BCE » et commencer par un organe léger de coordination et de mesure qui aurait pu être accepté par l’Allemagne.
Cela a été raté et aujourd’hui nous le payons durement (cf problèmes de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne etc…)
Le premier sujet me semble malheureusement « plombés » pour longtemps et va jouer dans les difficultés futures. Sur le second, l’Allemagne évolue mais nous aurons perdu beaucoup de temps.
2 – Sur le social et l’environnemental
Bien sur, je vois bien, les thèmes porteurs en ce domaine, toutefois je préconise de rester très sérieux et de ne pas se laisser influencer par le climat ambiant Il faut se rappeler que Colette disait « la mode, c’est ce qui se démode »
a) Social
Je crois (hélas !) que précisément nous sommes les champions du social en France (protection contre les licenciements, retraite, SMIC, protection sociale etc… etc…). Le résultat est notre compétitivité médiocre (l’Allemagne a procédé à de vastes réformes et est, elle, très compétitive : on en a en ce moment confirmation).
Donc faisons mieux mais n’en rajoutons pas !
b) Environnement
Très bien pour tout ce que tu écris mais la caractéristique générale de beaucoup de contribution sur le sujet est de nier toute idée de progrès (certains prônent même le retour en arrière vive les diligences !).
Par exemple sur le Co2, d’immenses progrès technologiques sont possibles et même probables. Personne ne sait dire lesquels et quant mais ils arriveront mais il y en aura :
- Stockage du Co2, filtration du Co2 sur les principaux sites émetteurs
- Stockage de l’électricité (ce qui permettrait de rendre plus compétitives certaines énergies propres)
- Moteurs « propres » : on n’en est qu’au début : véhicules électriques, pile à combustible, nouvelle génération de bio carburants etc.
- Nouvelle génération de centrales nucléaires (résolution du problème des déchets) etc… sans parler d’ITER.
- Utilisation de l’énergie des mers (marées, courants, gradiant de température) etc, etc…
Tout ceci pour dire, sur cet exemple précis du Co2, que de grands progrès techniques sont probables et qu’il ne faut pas s’engager sur 20 ans comme si aucun progrès n’allait arriver. Il en est de même de nombreux sujets écologiques. Il n’est pas douteux que l’on saura ce qu’il en est des OGM : dangereux ou pas.
Denys BRUNEL
