Préface du livre
Jean-Hervé Lorenzi – Président du Cercle des économistes
En ce début d’hiver 2009, tout paraît confus, incertain, incompréhensible. Le débat que nous avons, nous autres économistes, sur l’évolution de la croissance mondiale pour les quelques années à venir est exemplaire de la difficulté à comprendre la réalité présente. Dans cet univers si complexe, les termes du développement durable apparaissent à la fois éloignés de la difficulté des temps présents et porteurs de solu- tions novatrices. Se mêlent d’ailleurs des expressions proches dans leur acception vague mais fondamentalement différentes lorsque l’on approfondit les concepts : croissance verte, déve- loppement soutenable, développement responsable et, évidem- ment, développement durable. C’est à ce chantier de clarifica- tion, de réflexion et de proposition sur notre avenir pour ré- orienter des formes de croissance que Patrick d’Humières s’est attaqué avec méthode, talent, imagination et grande rigueur.
L’objet de ce livre, derrière son titre provocateur est de redon- ner à la croissance tout son sens, à l’entreprise tout son rôle, aux « parties prenantes » tout leur poids dans les décisions, et tout cela pour construire un modèle économique qui puisse redonner à l’Homme le rôle central dans nos sociétés. Vaste ambition aurait-on dit en d’autres temps et c’est pourtant l’entreprise de cet ouvrage. Après une soigneuse description de l’environnement nouveau dans lequel se meuvent les entreprises, Patrick d’Humières nous montre à quel point la respon- sabilité sociale de l’entreprise est intéressante et limitée à la fois. Intéressante parce qu’elle ouvre la palette de ses objectifs purement financiers, mais insuffisante parce qu’au fond, elle ne remet pas réellement en cause son mode de gouvernance. L’auteur ira même plus loin, puisqu’il va en dénoncer des formes d’ambigüités. C’est un résultat très important parce qu’il montre à quel point la rénovation du capitalisme ne peut se faire de manière homéopathique selon la logique actuelle, sans pour autant supprimer le poids majeur de l’entreprise dans cette rénovation. Et c’est là où notre auteur passe du stade de l’analyse critique à la proposition forte. Le développement durable, c’est en réalité le passage d’une micro-économie humaniste à une macro-économie positive. C’est à ce moment- là que l’entreprise devient acteur du changement de l’Histoire, parce qu’elle est à la fois porteuse d’une nouvelle philosophie de management mais également, et peut-être surtout, élément d’une croissance dont la logique est profondément renou- velée. Un chapitre propose les éléments même de ce nouveau contrat entre l’entreprise et la société avec sept principes qui doivent structurer cette approche si novatrice. Bien entendu, certains d’entre eux s’inscrivent dans la logique du sociale- ment responsable, mais d’autres imposent à cet acteur majeur de penser développement durable, en d’autres termes, dans le respect de la rareté des ressources et en offrant la possibilité pour la société dans son ensemble de croître de manière pérenne et harmonieuse. En un mot, de remettre l’Homme et la société en adéquation l’un avec l’autre.
Le livre a-t-il répondu à la question qu’il se posait ? Oui, mais là n’est pas le plus important. Ce qui compte dans cet ouvrage très remarquable, c’est de saisir à quel point si nous voulons maîtriser le monde de demain, nous devons penser et alors révolutionner le fonctionnement de nos entreprises.
Pour en savoir plus sur :
